On est d’accord. Il est acquis que nous aimons tous l’une ou l’autre couleur sur le plan esthétique plus qu’une autre. Mais aussi qu’elles ont des significations historiquement et culturellement ancrées. Mais il faut prendre en compte également un élément déterminant en plus: l’influence que les couleurs ont sur nous. Je reprends pour cet article mon livre « L’étonnant pouvoir des couleurs «  Jean-Gabriel Causse, qui avait déjà fait l’objet d’un précédent article qui visait à mieux comprendre les couleurs, base essentielle pour mieux les utiliser. Je vous invite à aller le lire avant ou après la lecture de cet article (le lien s’ouvre dans un nouvel onglet), qui lui est complémentaire. Dans son livre, J.-G. Causse revient en effet sur différents domaines dans lesquels la couleur peut avoir un impact sur nous, bien plus important qu’on le pense. Ce qui est intéressant, c’est que l’on peut donc utiliser les couleurs pour influencer les autres et soi-même. Petit tour d’horizon.

Rouge: dominant et menaçant.

D’après diverses études, le rouge aurait la capacité de réduire notre capacité de raisonnement, de nous mettre en alerte, face à un danger. Cela paraît « logique », dit comme ça, puisque nous avons dû intégrer l’idée que les signes « attention » sont globalement bardés de rouge. Cependant cela va plus loin, puisque des études réalisées par encéphalogramme montrent que des comportements d’évitement sont ancrés dans le cerveau (p.62). Cependant, comme J.-G. Causse le mentionne, il reste initialement difficile de déterminer ce qui tient de l’acquis (la symbolique) ou de l’inné. Ainsi, des études conduites sur de jeunes enfants ont été menées et ont confirmé l’effet du rouge, au-delà de sa symbolique.

En pratique, l’on pourrait sommairement résumer ces enseignements de la façon suivante: pour impressionner, forcer le respect, portez du rouge. Mais si vous voulez mettre la personne face à vous en confiance, peut-être n’est-ce pas la couleur la plus adaptée. Elle apporte cela dit beaucoup de caractère à un intérieur, surtout si associée avec brio avec d’autres teintes.

Couleurs pâles: relaxation et création

Les couleurs à longueur d’ondes courtes (dites « froides » soit les bleus ou les verts) sont réputées plus relaxantes, de par leur effet sur notre système nerveux. Ainsi, de nombreuses études confirment la capacité notamment du bleu à calmer mais aussi à favoriser la créativité. Une étude surprenante  a cependant également montré que le rose pâle pouvait avoir un impact calmant. Les cellules d’un centre correctionnel de la Marine américaine ont été peintes en « Baker-Miller Pink », ce qui a eu pour effet de réduire notablement l’agressivité des détenus. 

En pratique donc, si vous devez trouver l’inspiration, un environnement bleu vous aidera certainement à sortir des sentiers battus. Le bleu ou une autre couleur pâle comme le rose peuvent être de bonnes options pour la chambre d’un enfant un peu turbulent. Il n’est pas garanti que cela résoudra tous les problèmes, mais on prend l’aide qu’on peut, n’est-ce pas? 

Le blanc: ennemi de la productivité!

Vous bossez dans un bureau aux murs blancs, impersonnels? J’ai un bon argument pour pousser votre boss à accepter de rendre l’espace un peu plus vivant: vous serez bien plus productif dans un univers à dominante chromatique! Le brun, le noir et le blanc baisseraient en effet les performances. Qu’il s’agisse d’apprentissage, de compréhension, les couleurs ont un fort effet, que ce soit sur les enfants ou les adultes. Le bleu, le vert-jaune et l’orange sont trois couleurs qui peuvent ainsi avoir un effet très positif sur l’apprentissage et la compréhension des enfants. En fonction du type d’espace, il est tout à fait souhaitable d’adapter les couleurs, pour favoriser l’un ou l’autre comportement. Du côté des adultes, l’idée est similaire. Le bleu favoriserait ainsi l’appel à son intuition tandis que le rouge favoriserait une concentration et une productivité accrues. L’association bleu et vert ne serait par contre pas avantageuse pour les adultes. Mais que ce soit pour adultes ou enfants, globalement, l’on peut observer que le plaisir de travailler est accru dans un environnement chromatique chaud.

En pratique, à nouveau, il faut penser l’espace et les couleurs en fonction de l’objectif. J.-G. Causse conseille par exemple de peindre un mur, dos aux élèves, dans une couleur très forte, et les trois autres en blanc, et de changer les couleurs d’une classe à l’autre, si les élèves sont amenés à changer de classe. En tout cas, ce dont on est sûrs, c’est que le modèle neutre au possible tant à l’école que dans le monde du travail sont à proscrire. Le blanc, le brun et le noir ne génèrent en effet « rien », et il serait pertinent de se détourner de ses options. Sans compter évidemment que ces couleurs sont aussi globalement mornes et sans grand intérêt quand appliquées partout (oui, ceci est un jugement de valeur). La photo de droite dans ma sélection ci-dessous réussit un monochrome blanc. Derrière ce choix esthétique, il y a aussi certainement un besoin ou une envie de désencombrement, où l’absence d’effet du blanc est justement, recherchée.

Il n’est pas forcément évident de déterminer les couleurs qui conviennent à notre espace. En tant que décoratrice d’intérieur, c’est également mon rôle d’aider mes clients à choisir les couleurs qui leur plaisent mais aussi qui correspondent à l'”énergie” dont ils ont besoin. La déco, c’est avant tout la mise en oeuvre visible de qui l’on est et de ce que l’on aime. C’est pourquoi chaque projet est vraiment du sur mesure!

Vert: persuasif mais pas très vendeur

D’après diverses études, le vert serait une couleur qui favoriserait la prise de décision. Globalement, la couleur incite à l’action en général – entre un formulaire en noir et blanc et un formulaire en couleurs, le second sera plus facilement rempli. En effet, la couleur rend l’indifférence plus difficile. Mais la couleur qui pousse le plus, sur un questionnaire, à être d’accord, c’est le vert! Ceci étant dit, cela ne marche pas dans tous les domaines, puisque des études montrent que le vert n’encourage pas à l’achat. Si les clients d’un magasin sont motivés à acheter dans un univers chromatique fort, le vert semblerait un moins bon choix. Ce sont des couleurs chaudes et saturées qui pousseraient les clients à entrer dans un magasin, et à y dépenser de l’argent. A l’intérieur du point de vente cependant, des couleurs froides pourraient être plus adaptées. De nombreux magasins notamment de grandes chaines suivent donc ces règles, afin d’attirer et garder des clients le plus longtemps possible dans leur point de vente. La saturation des couleurs près de la caisse permettrait par ailleurs d’encourager un dernier achat compulsif. Cependant, tout ceci n’est que théorie, et il reste à prendre en compte l’identité de marque et les préférences des clients. Ainsi, les femmes entre 15 et 24 ans seraient plus sensibles aux couleurs tandis que les hommes plus âgés le seraient beaucoup moins! (p.117)

En pratique, il peut être assez complexe de trouver les bonnes couleurs lorsqu’on veut créer un espace de vente. Il est souvent question d’équilibre entre persuader le client d’acheter et ne pas le faire se sentir contraint et agressé (n’oublions pas l’impact fort du rouge!) Pour ma part, je pense qu’un univers chromatique de marque doit surtout rappeler au client où il est, le faire se sentir bien, en accord avec l’espace dans lequel il se trouve. En tant que consommateurs, nous pouvons cependant ainsi déconstruire la façon dont les magasins où nous aimons aller sont construits pour nous pousser à l’achat…

CONCLUSION

Ce court aperçu de l’impact des couleurs sur notre cerveau, au-delà de leur symbolique, nous montre à quel point le choix de couleurs pour habiller nos espaces intérieurs ne doivent pas toujours être influencés uniquement par des questions de mode ou d’esthétique. Si vous adorez le bordeaux, il n’est pas sur que ce soit cependant la meilleure couleur à appliquer dans votre bureau, tout comme un beau vert d’eau tirant vers le gris. Si vous avez du mal à vous réveiller le matin, peut-être qu’une couleur vive dans la chambre pourrait vous aider. Mais attention, pas si c’est l’étape de l’endormissement qui est difficile pour vous! Il est parfois difficile de trouver le bon compromis entre ce qu’on aime et ce dont on a besoin, sachant que ce dont on a besoin est parfois ce qu’on aime ! Si vous êtes l’une des rares personnes à détester le bleu, même si vous avez une profession créative, je doute qu’en appliquer face à votre bureau ne vous fasse grand bien… Pour trouver les bonnes couleurs, il faut bien penser l’espace dans son utilisation finale. L’impact d’un univers chromatique fort est en tout cas bien plus fort que celui blanc-brun de nombreux espace. Pour apprendre à mieux associer les couleurs et choisir celles qui pourraient vous convenir, n’hésitez pas à poser vos questions sur le groupe Facebook des Décovores!